WARNING AVALANCHE !
WARNING AVALANCHE !

J’avais reçu un SMS de mon entraineur la veille : « Demain, RDV 8h45 au télécabine des Houches. »

Comme il avait neigé cette nuit là et les jours d’avant, je me suis levé plus tôt pour être à l’heure.

Arrivé aux Houches un peu en retard, j’ai rejoint mon entraineur, Stéphane et Coco au télésiège du parc. Nous sommes allés faire un run dans la forêt qui était parfait jusqu’à rejoindre Allan et Clément au télécabine (car eux aussi étaient en retard.)

Nous avons donc pris la télécabine et ridé sous les pylônes, il y avait de la bonne « peuf  » et des petits sauts bien sympas ! Une journée qui commence bien quoi !

Ensuite nous avons décidé de reprendre la télécabine et monter à pieds sur la droite de celui-ci quand on monte. C’était la galère pour avancer dans cette « peuf  » au milieu de forêt. Au bout d’un certain moment, quand on en a eu un peu marre de marcher, nous avons chaussé et commencé à descendre dans une poudreuse magnifique. Nous nous sommes arrêtés avec mon entraineur pour attendre les autres car nous étions partis un peu devant.

Dès qu’ils sont tous arrivés, je suis parti et j’ai fait quatre virages je crois. J’étais face à eux avec le sourire jusqu’aux oreilles et d’un coup je vois la pente de neige fraiche se fissurer ; « Oh, la coulée ! »  me suis –je dis.

Moins d’une seconde après, elle m’attrapait les jambes et je me suis couché contre elle. J’essayais de toutes mes forces de rester en surface en m’appuyant sur les blocs de neige, mais je ne pouvais rien faire. C’est comme si j’avais été un sac rempli de patates que l’on trainait sur l’autoroute. J’ai aussi une image de machine à laver.

J’ai d’abord perdu mon masque puis mon bonnet car je n’avais pas de casque et là j’ai commencé à me prendre des arbres dans tous les sens. J’ai fini par me stopper net et j’ai senti la neige me recouvrir, c’était comme des mitraillettes de blocs de neige qui me tiraient dessus par centaines, puis d’un coup plus rien, plus un son, pas une douleur, j’étais bloqué dans la neige comme j’aurais pu l’être dans du béton.

A ce moment je me suis dit : « je vais mourir et surement étouffé ! «   alors je me suis mis à respirer très fort (à la limite de l’espace que me laissait la neige aux poumons).

Ensuite j’ai pensé à tous mes proches, ma famille,  mes amis, et le club et c’est là que je me suis dit qu’il fallait que j’essaie de survivre alors je me suis mis à respirer calmement, tranquillement, pour éviter d’utiliser le peu d’air que j’avais devant le visage. J’avais mal aux yeux, je pensais qu’ils étaient comme éclatés et qu’ils saignaient, ensuite je crois que je me suis évanoui.

J’ai senti un moment mon portable vibrer, j’ai pensé que c’était ma mère qui m’appelait pour savoir si j’allais manger au refuge (il était 10h 55) d’après mon portable) et c’est Stéphane qui croyait que je n’avais pas été attrapé par l’avalanche.

J’étais à moitié évanoui et je me suis mis à vomir du sang (je crois), je n’en pouvais plus.

Plein d’images me traversaient l’esprit, il y avait tous ceux que j’aime et des moments de ma vie en snowboard, ensuite me sont apparues des formes identiques avec une impression de  vertige.

Au début de mon stop de l’avalanche, j’ai tout de suite regardé si je sentais mes membres, je bougeais les orteils, les mains et la tête de même pas quelques millimètres, mais ça me rassurait de ne pas être handicapé, même si je pensais mourir étouffé. Et donc après m’être évanoui, je me suis réveillé je n’avais presque plus d’air. Ma main gauche était la plus proche de mon visage, alors j’essayais de taper dans tous les sens, j’ai réussi par créer un espace et en laissant tomber cette main je savais comment j’étais positionné. Je me suis mis à creuser avec cette main vers mon visage et je collais la neige de l’autre coté et j’ai fini par atteindre mon visage. « Ouf ! Je peux respirer ! ».

Peu de temps après, je crois, j’ai vu de la neige éclairée, de la lumière dans la neige et ça m’a rendu heureux car je savais d’une part que j’étais sauvé, d’autre part que je n’étais pas aveugle. Et c’est à ce moment là que j’ai commencé à entendre l’hélico et des « grattages » au dessus de moi.

Je criais de toutes mes forces « creusez plus haut, au secours ! »

J’ai senti une main m’attraper la mienne et je l’ai serré de toutes mes forces (c’était celle de Coco), c’est je crois une façon de dire merci à tout.

Dès qu’ils m’ont dégagé la tête, je remerciais tout le monde. Quand ils m’ont dégagé les jambes, je hurlais de douleur et ils m’ont fait des piqures. Ce n’est pas pour autant que je n’avais plus mal et que je ne criais pas. N’ayant pas assez mal, un secouriste m’a marché sur la jambe cassé (j’avais un pantalon blanc). Avant d’être hélitreuillé dans le brancard, j’ai vu la tête de Clément qui me semblait perdu et celle de mon entraineur. Il m’avait dit, si je me souviens bien : « Allez Christo, t’es solide, hein, courage ! »

Ensuite, j’étais accroché sous l’hélico et je regardais le treuil, je m’étais dit qu’il allait peut-être casser. Ils m’ont posé sur une surface plate pour ensuite me mettre dans l’hélico, la secouriste essayait de me rassurer en me parlant gentiment. Après ce tour d’hélico je me suis retrouvé à Sallanches où ils m’ont déshabillé, le pire c’est quand ils ont enlevé mes boots, j’avais trop mal aux jambes et je grelottais depuis que j’étais sorti de l’avalanche.

J’ai ensuite fait des radios générales, j’avais mal aux jambes et au dos. Mais je n’ai eu qu’une fracture du fémur (c’est bien douloureux) et un écorche à l’œil. Mon frère Zian est venu avant que je me fasse opérer, ça m’a fait plaisir.

Christophe Charlet,  Hôpital de Sallanches le 26 Janvier 2009, encore sous morphine.

 

Rester humble

Cette journée était un entrainement avec le club des sports de snowboard. Toutes les stations de la vallée de Chamonix étaient fermées à cause d’un risque d’avalanche trop élevé (4/5) sauf la station des Houches. Mon entraineur avait demandé aux pisteurs si c’était possible d’aller là ou j’ai déclenché l’avalanche et J’ai appris par un pisteur un an ou deux après mon accident qu’ils lui avaient interdit. Nous n’étions que deux à avoir l’ARVA (sans quoi je ne serais plus là aujourd’hui), aucun de nous n’avait de pelles ni de sondes. C’est d’ailleurs pourquoi mon groupe a mis 35 minutes à me sortir de la neige alors qu’avec le matériel nécessaire, en sachant s’en servir on est censé en mettre moins de 5.

Je n’en veux pas à mon entraineur car Nous étions tous responsables. Mais je me permets d’éclairer la situation car j’aimerais que cette expérience serve à tous ceux qui pratiquent le freeride afin qu’ils comprennent qu’il faut respecter les risques, qu’il faut attendre des conditions favorables, qu’il faut être équipés de tout le matériel nécessaire (ARVA, pelle, sonde), qu’il faut savoir s’en servir et surtout savoir rester humble face à la montagne car personne n’est plus fort qu’elle. Elle m’a donné une seconde chance, ce n’est pas toujours le cas. Quand je pense à cette expérience, elle me rappelle que la vie vaut la peine d’être vécu pleinement et j’espère qu’elle vous sera utile.